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Je suis poussière
 — Sans même m’avertir, le vent va et vient.


Andrea Valvini article substack
Read 3mn – Substack – I Am Dust | English version

Le vent m’emporte, me dépose sans jamais dire où, quand, ni comment.


Je suis poussière. Tout s’accumule.


J’ai été emporté bien avant Taiwan. Dès l’enfance : les sons, la musique, l’art. Les percussions puis les machines.


Dès les années 2000, mon premier ordinateur devient l’instrument transportable.


Libération! Se déplacer et créer peu importe où sans se préoccuper du volume sonore, physique.


Performer, s’exposer, rencontrer sans faux semblant. Des amis sont morts. Un, puis deux, puis trois. J’ai continué à bouger.


La poussière s’accumule.


En 2008, Taiwan. Le National Taiwan Museum of Fine Arts de Taichung m’a invité à organiser une exposition internationale.


Cela arrivait à un moment où la Suisse me semblait étrangère, peu fertile — non pas en talents ou en ressources, et bien dans son quotidien, son goût de l’aventure, de l’ouverture, de la collision et des relations. J’ai tenté d’inciter, de réveiller, de faire émerger. Aucun imprévu sous son aisselle.


Ailleurs, des villes comme Berlin, Cologne, Detroit, Londres, Liverpool ou Tokyo ont clairement démontré ce qui pouvait arriver lorsque musiciens, artistes, lieux et circonstances étaient autorisés à se frotter les uns aux autres suffisamment longtemps pour laisser une trace, un chemin à suivre.


Taiwan fut une bouffée d’air.


Le vent continuait de souffler.


En 2011, j’étais assis face à l’écran de l’ordinateur portable au « Baci87 », un café au centre de Formosa.


Fukushima.


Aujourd’hui encore, le mot suffit à me donner la chair de poule. L’horreur crue. La chair arrachée. Quelque chose d’impossible à regarder et impossible à ne pas voir.


Pendant un instant, rien à dire. Rien à penser. Le souffle coupé.


Je suis devenu Fukushima.


Puis la pensée est revenue. Les personnes proches de moi. Les questions. La vie. La désolation. La stupidité. Aucun retour possible.


L’art dans toute sa cruauté.


Il me fallait un antidote.


Du jour au lendemain, j’ai fermé l’ordinateur — cet instrument qui sous mes doigts chaque jour depuis décennie ne décollait plus de mes phalanges. Des milliers d’heures en poussière.

Plus de performances. Plus d’art.

À quoi bon?


À quoi bon.


Il me fallait justement quelque chose de bon. Un contre-poison.


J’ai cessé de regarder le ciel et je me suis retourné vers la terre. Le regard du haut c’est porté vers le bas.


Une autre culture a pris le relais, celle sous mes pieds.


Des producteurs Bio et Demeter en Grèce, en Italie, en France en Suisse. La nourriture, la terre, les gens, le travail. C’est solide, mettre les mains dans la terre. La belle, la bonne, celle qui sent bon et respectée sans demande excessive.


Une entreprise est née autour des producteurs, du bien manger, du bon vivre, du sain commercer. Offrir un service utile qui ne soit plus éphémère…quoique.


Gamadiame est né. Gamadiame à Taiwan exprime ces petites épiceries traditionnelles, celles qui disparaissent. Celles de mon enfance, le contact, la relation dans le village, la survie. Cela me ramène toujours en Grèce, aux chemins de poussière, à la mer, à la nonchalance et aux tartine feta olive de ma grand-mère.


Puis le Covid.


Livraison de nourriture, du porte à porte, le coffre de ma voiture ouvert sur des parkings, nourrissant des gens avides de quelque chose de bon pendant une mauvaise période.


Les années se sont accumulées, les marchés à l’extérieur revigorés, épuisés, amusés, nourrit, émerveillé. Parfois cassé les pieds, froid au pied, debout, transpiration. Je l’ai choisi, je l’ai fait, rien contourné, rien bâclé. Une scène ouverte sans fard ni lumière.


Le monde continuait d’inventer de nouvelles manières de perturber ce qui semblait établi. L’IA est arrivée et, soudain, les mots, les images, la musique — des choses que j’avais passé une vie à approcher à travers la présence humaine — sont apparus d’ailleurs.


J’ai regardé, j’ai compris, j’ai admis, on déplace la poussière, puis elle revient. Enfin pas vraiment seul mot reste identique.

La vie passe et file du bon et du mauvais coton.

Comme si de rien n’était, l’écran de l’ordinateur est revenu, les machines se sont branchées. J’écris plus. J’aime trouvé les mots qui exprime ce qui ne peut l’être.

Laisser le mouvement comme si de rien n’était. Une sorte d’empreinte dans la neige. Quelqu’un-e est passé sans savoir qui sinon imaginer.


La poussière continue son voyage, se colle, se nourrit, s’envole, se dépose.

Le vent décide sans contrôler où le dépôt s’accumule. La nature décide.

Taiwan à nouveau.


Une résidence. Des performances. Des collaborations. Des sons recueillis autour d’un port.

5h du matin, 11h du soir, des cafés, des métros, des trains, des océans, une écoute encore toujours, la poussière s’amuse tout comme les enfants.


La musique résonnant, non pas là où je l’avais laissée — il n’existe aucun retour en arrière — la poussière, les mots ne la concerne pas.

J’ai été déposé, je repartirai comme bon vent lui semble.

Note personnelle :


C’est écrit fait suite à la sortie d’une compilation présente sur toutes les plateformes streaming (Spotifiy, Bandcamp, Soundcloud, Youtube et plus encore).

KÂN KUN compilation



INFORMATIONS QUANT AUX HEXAGRAMMES


Principalement des artistes taïwanais. L’un de mes morceaux parmi les leurs.

C’est gratuit il suffit d’écouter tout comme la poussière, c’est là, il suffit de s’en occuper.


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